L’arrivée du printemps – moment privilégié pour donner un nouvel élan à votre vie (par Roger Échaquan – homme médecine Atikamekw)

Roger Échaquan

Roger Échaquan – Homme médecine Atikamekw (article écrit en collaboration avec Élaine Cantin)

La cérémonie du printemps existe depuis des milliers d’années. C’est un  moment de rituel pour bénir l’eau et nous relier à sa dimension sacrée en nous. Elle recommence chaque année au moment du dégel de l’eau. C’est cette même eau, qui a été bue par nos ancêtres et qui a fait plusieurs fois le tour de la terre, pour ensuite être récupérée par les arbres, que nous avons la chance de récolter au printemps, quand nous entaillons les érables.

Les endroits où poussent les érables sont favorables à l’énergie du foie. Quand nous entaillons ces arbres au printemps, l’eau qui en jaillit est nourrissante et vivifiante comme le lait maternel.  Nous buvons également l’eau d’érable pour ses propriétés médicinales : elle nettoie le foie et purifie le système digestif, ce qui permet de nettoyer les vieilles énergies pour faire place à de nouvelles, et nous donne accès à plus de vitalité et de clarté dans notre vie.

Le rituel du printemps est un moment privilégié pour regarder non seulement ce que nous désirons créer pour l’année qui commence, mais également la direction que nous souhaitons donner à notre vie. C’est aussi un moment privilégié pour regarder ce qu’on a besoin de créer pour survivre collectivement. Nos relations sont-elles satisfaisantes ? Nos choix collectifs nous conviennent-ils ? Sinon, comment pouvons-nous remédier à cela, que pouvons-nous ajuster pour amener plus de congruence ou d’harmonie autour de nous ?

Après la période d’introspection de l’hiver, le printemps est un moment particulièrement propice à ce travail de création.  En tant qu’êtres spirituels, notre travail est d’aider les gens à exprimer ce qu’ils veulent créer dans leur vie. Nous pouvons aussi les aider à voir ce qu’ils ont déjà créé par eux-mêmes, consciemment ou inconsciemment, ce que leur esprit a mis en place, parfois sous la forme de mécanismes de défense, pour les aider à survivre. Ces fonctionnements sont-ils toujours nécessaires, sont-ils encore appropriés aujourd’hui ? S’ils ne le sont pas, comment les remplacer par des mécanismes de protection, qui vont au-delà de la survie, et permettent de tenir compte de tous les besoins de l’être ?

Nous créons notre vie à partir d’un état de présence à soi, de complétude. C’est un espace intérieur de créativité, un espace où nous nous sentons vivants, reliés. La plupart des gens y ont accès par intermittence, mais souvent ils ne savent pas comment ils ont fait pour y accéder consciemment, comment  y retourner quand ils le souhaitent.

Comme êtres spirituels, nous pouvons les aider les gens à retrouver cet état de présence par la relation que nous créons avec eux, quand la qualité de notre écoute leur permet d’être entendus dans ce qu’ils portent, dans tout ce qu’ils sont. Nous pouvons les aider également en leur faisant connaître d’autres portes d’entrée vers cette présence.

L’une de ces portes consiste à pratiquer une activité qu’ils aiment ou encore à parler d’un sujet qu’ils connaissent bien et qui les anime.  Le fait de s’absorber dans une activité agréable ou de communiquer à propos d’un sujet qu’ils maîtrisent laisse le champ libre à l’esprit, ce qui leur permet avoir accès à une dimension plus vaste d’eux-mêmes et de se sentir inspirés dans leurs gestes ou dans leurs paroles. L’état de présence peut alors s’installer.

La beauté est aussi une porte d’entrée par excellence vers soi : que ce soit une promenade en forêt, l’odeur des arbres, le fait de poser les yeux sur une fleur, une œuvre d’art qui nous rejoint dans une pièce, ou d’entendre une musique qui nous touche, le fait de se laisser émouvoir  par la beauté nous donne accès à l’état de présence.

Il est bon de reconnaître ces portes pour pouvoir les utiliser quand nous en avons besoin, et ainsi  éviter de demeurer à la merci de nos états d’âme ou des événements.  Ainsi,  grâce à ces portes, il devient possible de retrouver notre l’espace intérieur de présence, de plénitude et de joie, celle où nous nous sentons reliés à notre esprit et à la vie, et où nous avons accès à la plus grande expression de nous-mêmes.

C’est à cet état intérieur de création que la cérémonie du printemps nous convie chaque année au dégel et jusqu’à ce que les bourgeons commencent à sortir. Quand les bourgeons sortent, la cérémonie est terminée; ce n’est plus le moment de semer, c’est le moment de…

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En terminant… voici un chant de gratitude filmé sur une île du lac Manouane dans le nord du Québec.

  • JP Raymond

    Je vous ai envoyé une question par email. Très très intéressant votre article !